Camarde, rivière et bulbes

septembre 5th, 2010

Semaine 35 /septembre 2010

Samedi
Dans “L’art Tangent“  livre réjouissant et souvent hilarant  d’Odile Darbelley et Michel Jacquelin ( Actes Sud. 2007) je trouve cette définition  : “L’histoire de l’Art Tangent est l’histoire de toutes ces oeuvres, de toutes ces pensées qui, depuis le début du XXe siècle, sont passées à peu près totalement inaperçues, produisant néanmoins, et de ce fait, des formes d’art que faute de mieux ou par commodité nous appelons tout simplement Tangent.

Dimanche
A l’occasion de la 67 ème Mostra, Venise montre les photos du jeune Stanley Kubrick.  A la fin de ses études secondaires comme il n’a pas de notes suffisantes pour entrer à l’université il devient photographe et vend cette première photo à Look, en juin 1945, pour 25 dollars.  Derrière ce désespoir glamour écrit au rouge à lèvres, je ne peux m’empêcher d’y voir déjà plus une mise en scène qu’une photo.

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Lundi
Les réactions de rejet de l’art vivant, en France, ne sont pas nouvelles. Dans son Journal littéraire, Paul Léautaud raconte, en 1921, les réactions de Valette et Rachilde ( les patrons du Mercure de France ) au projet d’une sculpture, en hommage à Apollinaire qu’ils avaient édité  : “Valette et Rachilde demandèrent s’il n’y avait pas trop de gens bizarres dans le comité, des métèques, des cubistes, des bolchevistes, des dadaïstes et d’autres sortes de Boches. Mortier et Fels lui dirent qu’il y avait les amis d’Apollinaire, comme Salmon, et naturellement, les cubistes, Picasso et autres. Rachilde ne dit trop rien, ne répondit rien de catégorique, dit seulement qu’on exagérait pour Apollinaire, enfin des bétises sans importance. Mortier et Fels partis, et restant dans le bureau de Valette, elle éclate : - J’avais envie de les gifler tous les deux. Ils nous rasent avec leur Apollinaire. Moi, quand il est mort, cela m’a été. J’ai dit : tant mieux. Nous en sommes débarrassés.”
Résultat : aujourd’hui beaucoup se souviennent d’Apollinaire et plus personne de Rachilde.

Mardi
La camarde  en art se porte bien à Paris ces temps-ci. Après les expos ” C’est la vie !” au musée Maillol et “Crime et châtiment” au Musée d’Orsay où les vanités et autre morbides beautés foisonnaient, voici «Vanité. Mort, que me veux-tu?» à la Fondation Bergé-Saint Laurent     où sont présentées soixante-dix œuvres dont douze «memento mori » issus de la collection privée du couple. J’y choisis cette oeuvre d’Andrès Serrano,   qui est un peintre ayant choisi la photo comme outil. Il a toujours traité des problèmes sociaux, de sexe et de religion dans son travail. Présentant souvent une telle radicalité qu’il a été à la fois censuré par les ligues puritaines et agressé par des groupes néo-nazis. Ici il s’agit d’une photo de sa célèbre série The Morgue. La mort, anonyme, a ici la beauté terriblement présente de l’évidence. Réalité tranchante qui conduit à l’affrontement du regardeur et de ses malaises.

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Andres Serrano. The Morgue (Killed by Four Great Danes), 1992. Cibachrome, silicone, Plexiglas et cadre en bois, 125,7 x 152 cm. Paris, galerie Yvon Lambert

Mercredi
Comme c’est toujours le cas pour leurs oeuvres depuis les années 60  le projet “Over the river” du couple d’artistes Christo et Jeanne-Claude (décédée en 2009)  se heurte à la vive opposition de nombreuses associations de riverains. Il s’agit d’une installation de 9,4 kilomètres de long d’un tissu argenté translucide, suspendu depuis les berges au dessus de la rivière Arkansas, dans le Colorado, à une hauteur variant entre 2,4 et 7,6 mètres. Bien que l’installation soit prévue pour demeurer seulement deux semaines, il semble que les riverains craignent surtout une invasion de touristes avec des conséquences environnementales pour leur mode de vie et pour la rivière. Christo et Jeanne-Claude ont toujours dit que les années d’oppositions et de négociations, avant la réalisation, faisaient partie intégralement de l’oeuvre.  Je me souviens que leur projet d’empaquetage du Reichstag à Berlin a commencé en 1971 et n’a été réalisé qu’en 1995.

Jeudi
Il est encore temps de planter les bulbes de Crocus Sativus pour récolter le safran avant l’hiver. En situation claire et ensoleillée,  terrain correctement drainé et  à dominante calcaire, sans oublier qu’il faut au moins 160 fleurs pour produire 1 gramme de poudre magique.

Vendredi
Dieu est-il une suite de propositions artistiques ? C’est, en tout cas, ce que montre le Meraner gruppe  à la galerie Jean-François Meyer. Parmi les sept artistes je choisis Sara Schwienbacher, performeuse, qui nous chuchote ici une vidéo où la gemellité féminine, Eve et Eve, est proposée comme mythe fondateur.  Le résultat ne semble pas bien meilleur qu’avec Adam. Je m’en doutais. Ceci dit la vidéo d’une performance est comme la photo d’une abeille : elle ne donne pas le goût du miel.

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Sara Schwinbacher. Eva und Eva. Vidéo. 2010

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