Vert psychogramme sur canapé.
Dimanche, avril 26th, 2009Semaine 17/ avril 2009
Samedi
De loin j’ai vu des parachutes tombant dans un ciel nocturne, façon farouche commando investissant le théâtre des opérations. En m’approchant j’ai vu que les parachutes étaient plutôt les translucides corolles de gracieuses méduses nageant entre deux eaux. C’est encore de plus près que j’ai vu la femme, juste au centre de la toile, marchant vers la gauche, avec ce grand arbre vert, aussi fulgurant qu’une tornade montant vers le ciel. Puis j’ai vu les lucioles un peu partout et j’ai alors entendu une toute petite voix me chuchotant un nom : Claire. Il est rare qu’une peinture renvoie à un souvenir de lecture. Oui c’est Claire, « La femme aux lucioles » une nouvelle de Jim Harrison (Christian Bourgois éditeur.1991 ) L’histoire d’une femme qui se réfugie dans un champ de maïs, où elle passe la nuit, lorsqu’elle décide de quitter son mari et de changer de vie. Cette toile « Paysage en migration » de Lynda Deleurence ( Galerie Mourlot Jeu de Paume ) m’a poussé à relire « La femme aux lucioles » et là j’ai constaté une chose étrange. C’est sans doute la couleur verte de cette toile qui m’a fait penser à ce texte où le vert est très présent tout au long. Bonnard disait : « La couleur agit ».

Lynda Deleurence. Paysage en migration. Huile. 200 x 200. 2009
Dimanche
Dans l’état de confusion et de spectacle généralisé où nous sommes il fallait s’attendre à une plaisanterie du genre de celle que prépare Charles Saatchi pour l’automne. Le grand collectionneur-marchand-maître d’oeuvre et prescripteur en chef de l’art contemporain Britannique a décidé, avec l’aide de la B.B.C., d’organiser une sorte de Star’Ac des jeunes artistes. Avec le mode d’emploi suivant : première émission : 100 sélectionnés, deuxième émission : 50, troisième émission : Saatchi en choisit six. Les six reçoivent trois mois d’enseignement (ce qui semble largement suffisant pour devenir artiste) avec des stars de l’art comme enseignants. Le gagnant aura droit à une exposition. Où ça ? Ô surprise : dans la Saatchi Gallery.
Lundi
Dans l’atelier d’Anke Doberauer pour voir enfin une de ses peintures in vivo. Elle vient juste de la terminer et, entre son atelier de Munich et sa galerie de Zurich, Anke est une artiste qu’il faut attraper au vol. Je reste une heure à regarder ce grand format où trois jeunes filles, de dos, sont accoudée à une barrière et semblent regarder un paysage que l’on ne voit pas. Elles sont elles-mêmes le riche paysage coloré. Nous parlons de la question de la reproduction, ce procédé de nivellement totalitaire qui est à la peinture ce que le porno est à l’érotisme vécu. La plupart des gens croient naïvement que la photo est capable de reproduire la peinture. Sans parler des questions de format, essentielles, il suffit pourtant de parcourir une exposition –fut-elle dans les lieux les plus prestigieux de la planète- avec le catalogue à la main pour constater que la bonne peinture est très souvent (disons à 70%) trahie par la photo. Je suppose que ce sera tout à fait le cas pour cette grande huile que je laisse m’envahir depuis une heure. Elle m’impressionne peu à peu, et derrière son parti pris de réalisme apparent, proclame son identité : Je suis de la peinture… C’est-à-dire un objet étrange et magique dans sa réalité présente. Une façon de miroir de l’esprit, une psyché qui caractérise l’espèce humaine.
Pour être cohérent deux minutes, je n’ai pas pris en photo cette peinture.
Mardi
Les sculptures de Max Sauze ont très souvent le pouvoir de me faire sourire. C’est encore le cas ici ( Vip Art Galerie ) devant cette dame réalisée en collaboration avec le céramiste Vincent Buffile. Je lui trouve une multitude de filiations : sa grande vulve de terre, lisse et confortable comme un canapé vertical, rappelle toutes celles de l’Aurignacien ( -33000 ) , sa tête en triangle est à la fois de la famille de l’idole de Syros (-4000) et de celle des Shadocks (-36), ses seins sont de résilles haute couture et ses cheveux du matelas du père Jules. Oui le père Jules, celui qui ressemble à Holbein et qui rend fou ses voisins en collectionnant les matelas.
Mercredi
Aujourd’hui 22 avril, meilleure nuit pour observer les étoiles filantes Lyrides (associées à la comète Thatcher) qui sont dans leur maximum d’activité. Elles semblent venir d’Hercule, au-dessus de l’horizon Nord-Est.
Jeudi
La vieille et ridicule querelle de l’art abstrait et de l’art figuratif n’a plus aucune raison d’être quand on sait que les deux coexistent toujours dans l’art préhistorique. Dans son livre « Aux origines de l’art. 50 000 ans d’art préhistorique et tribal » ( Fayard.2003 ) le fameux préhistorien Italien Emmanuel Anati distingue trois types de signes représentés : pictogrammes, idéogrammes et psychogrammes. Il définit ces derniers ainsi: « Les psychogrammes ne sont ni des représentations d’objets, ni des symboles. Ce sont de violentes décharges d’énergie, des expressions de sentiments, de désirs et d’autres sensations. Ils fonctionnent tantôt comme des diffuseurs d’énergie, tantôt comme de grands points d’exclamation. » Plus loin il ajoute : « À l’instar des autres signes, les psychogrammes sont présents dans l’art de toutes les époques. Nous pouvons même dire que ce qui nous fascine le plus chez les grands peintres –de Giotto à Picasso- ce sont ces signes plus ou moins dissimulés qui transmettent un signal puissant en provoquant en nous une réponse émotive immédiate, sans que nous puissions nous en expliquer la raison. »

Psychogramme surmontant un des chevaux du diverticule axial de la grotte de Lascaux.
Vendredi Le salon « Mexico arte contemporaneo » qui vient de s’ouvrir est l’occasion d’observer comment les artistes semblent puiser de l’énergie dans la crise mondiale. Le peintre américain Alex Hubbard vient d’y déclarer : “On était dans un de ces stades de fatigue et d’ennui, et nous voici maintenant nerveux, éveillés ” De son côté, Shamim M. Momin, conservatrice associée du Whitney Museum of American Art et une des commissaires du salon a ajouté : “Quand tout est en désordre, en chambardement, en effondrement, des choses intéressantes surviennent”.
_______________________________________________________________________ Sauf mention contraire les photos et illustrations sont de l’auteur. Si vous voulez laisser un commentaire, qui est le bienvenu, vous devez cliquer ci-dessous sur comment (qu’il y ait no devant ou bien un chiffre) Oui je sais c’est étrange. Mystère cybernétique. ______________________________________________________________________