De quelques shamans
Dimanche, juin 28th, 2009Semaine 26/ juin 2009
Samedi
On ne s’ennuie pas toujours aux vernissages. Belle ambiance joyeuse et familiale aujourd’hui pour l’inauguration de la deuxième tranche de « Meubles en Hyper bouture » sur le toit terrasse du Centre social/Maison pour tous Belle de Mai à Marseille. L’Hyper Bouture est la rencontre du meuble déclassé, du romarin urbain, de 12 femmes décidées à inventer un jardin et d’un groupe d’artistes « Les pas perdus » qui travaillent à des réalisations pratiques d’utilité générale. Le résultat est un jardin de toit modulable – tout est sur roulettes- fait pour le plaisir de humer le thym, de pratiquer la palabre, le flirt, le rêve et la conspiration fantaisiste. J’y vois la trace de la liberté plastique de Guy-André Lagesse et de ses complices Jérôme Rigaut et Nicolas Barthélémy qui travaillent depuis des années à aménager de manière très inventive des espaces collectifs avec leurs habitants. Ils travaillent aussi bien dans leur quartier à Marseille qu’ailleurs en France, en Europe et en Afrique. Guy-André Lagesse est un artiste comme il y en a peu : on peut voir ses oeuvres dans les galeries et les musées mais surtout partout ailleurs et plutôt dans des espaces publics où elles démontrent toujours que le déchet peut être excentriquement inventif, que le bricolage peut être un art de haute école, que chacun est un trésor d’approximation soignée et que l’esprit cabanon rivalise avec celui des lois. Lagesse met en lumière le sens fondamental du mot art qui signifie d’abord faire.
Dimanche
Ce matin à 3h58 GMT le premier rayon du soleil est venu frapper la Heel Stone, la Pierre Talon, située en bordure du cercle de mégalithes. Comme tous les ans il y avait une foule de gens qui ont passé la nuit à Stonehenge pour attendre cela.
Aujourd’hui le soleil est immobile, c’est cela que signifie le mot solstice. A partir de demain il va se lever un peu plus vers le sud de l’est et monter moins haut à midi, les jours vont diminuer et les nuits allonger.
Lundi
Il existe dans les Alpes une vallée reculée, la vallée de la B…, qui abrite, à l’écart des violentes hordes touristiques, quelques survivants autochtones porteurs de la très ancienne culture des chasseurs-cueilleurs des montagnes. Comme les aborigènes australiens ils pensent que l’art est un pouvoir qui doit être pratiqué assidûment et d’une manière responsable pour que l’ordre du monde et sa vitalité se poursuivent. Ils ont su remarquablement adapter leurs traditions à la vie contemporaine. Leurs talismans portent presque toujours des os, symboles de force et de vertu et noyaux d’immortalité, comme dans ce « Gris-gris montagne » de Philippe Turc vu à l’Espace Ecureuil.
Philippe Turc. Gris-gris montagne. 2007
Mardi
Je me souviens de Bernard Lamarche-Vadel comme d’un sombre et beau dandy qui avait toutes les exigences sauf celle de l’auto-dérision. A l’époque où il était l’oeil le plus pointu de son temps il avait à la fois une brillante hauteur aristocratique et de noirs regards de solitude. Je me souviens de sa réponse à une rombière cherchant à le provoquer avec l’antienne de l’art contemporain élitiste : “Vous avez parfaitement raison, l’art contemporain est fait pour une élite. À ceci près que, cette élite, rien ni personne ne vous empêche d’en faire partie” L’exposition « Dans l’œil du critique, Bernard Lamarche-Vadel et les artistes » qui lui est consacrée au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris est une sorte d’apothéose pour cet homme qui se tua en 2000, dans son admirable château de la Rongère.
Mercredi
Je regarde les peintures de Vincent Bioulès exposées à la galerie Alain Paire . Elles évoquent la face nord de la montagne Sainte Victoire et le château de Vauvenargues. Une fois de plus je trouve que cette peinture avance masquée. Son charme peut apparaître comme séduction et agrément, et je crois que son succès trouve là sa source. Mais il ne s’agit que d’une résurgence, son véritable sortilège est plus profond et lointain, il est de l’ordre des philtres et des maîtrises, d’une relation au monde qui est porteuse de l’histoire de l’art en Occident depuis l’invention du paysage autonome au XVI ème siècle, et plus loin, bien plus que celà. Ce qui est ici caché, derrière l’élégance impeccable, est une exigence de proximité au monde. On ne doit pas oublier que cette montagne était sacrée bien avant Cézanne et Picasso. Derrière l’ironie d’une peinture faussement lèchée je vois cachée une recherche de fusion avec le mystère des éléments et la magie de Pan. Ce qu’a toujours été la peinture : d’abord une cosmogonie shamanique.

Vincent Bioulès. La face nord. 80 x 120. 2009 Photo J-C. Carbonne
Jeudi
Une des merveilles de Firenze, le fameux Corridor de Vasari, va être restauré et ouvert au public en 2013. Construit en 1565 pour Cosme 1er, ce passage a permis aux Médicis de circuler librement et sans escorte, d’observer le peuple d’en haut et de littéralement marcher au-dessus de lui, entre le Palazzo Vecchio et le Palazzo Pitti en passant par la galerie des Offices , le Ponte Vecchio et l’église Santa Felicita où Cosme pouvait assister à la messe sans être vu. Une partie de ce passage, de plus de 1000 mètres de long, renferme une collection de plus de plus d’un millier de peintures des 17 ème et 18ème siècles dont 200 autoportraits.
Vendredi
Scandale au Musée égyptien de Berlin. Découvert en 1912 par l’archéologue allemand Ludwig Borchardt , le célèbre buste de Néfertiti, l’épouse d’Akhenaton, ne serait qu’un faux expérimental et voulu par Borchardt pour vérifier l’antique usage des pigments découverts dans l’atelier du scupteur Thoutmosé, artiste préféré de pharaon. Une sorte de modèle scientifique …
__________________________________________________________________ Sauf mention contraire les photos et illustrations sont de l’auteur. Si vous voulez laisser un commentaire, qui est le bienvenu, vous devez cliquer ci-dessous sur comment (qu’il y ait no devant ou bien un chiffre) Oui je sais c’est étrange. Mystère cybernétique. __________________________________________________________________