Archive for juin, 2009

Tiens ? Il y a beaucoup de femmes cette semaine.

Dimanche, juin 21st, 2009

Semaine 25/ juin 2009

Samedi
On peut penser que l’art n’a rien à faire là-dedans. Je pense que l’art est partout où est l’humanité et la réélection aujourd’hui de Mahmoud Ahmadinejad en Iran me fait penser aux artistes iraniens actuels, en particulier aux femmes : Shadi Ghadirian, Golnaz Fathi, Shirin Fakhim et toutes les autres dont je ne connais pas le travail. Dans Libération  le chercheur irano-suisse Mohammad-Reza Djalili estime que les fraudes électorales ont été sans précédent. Il dit qu’il est très facile de frauder : «  car il n’y a pas de listes électorales en Iran. On va voter avec son extrait de naissance, et on peut même le faire plusieurs fois, dans différents bureaux de vote. Les analphabètes, qui représentent près de 20% de la population, sont aidés par les gardiens de la Révolution… » ( au sujet de cette dernière remarque il semble qu’en Iran on vote en inscrivant soi-même le nom du candidat sur le bulletin)
Je pense aussi à Shirin Neshat qui est iranienne même si elle vit à New York. Elle est considérée à Téhéran comme une ennemie de l’Etat et je la considère comme une des meilleures artistes photo et vidéo d’aujourd’hui. Je me souviens de Rapture, une installation vidéo vue à la Biennale de Venise qui était à la fois un magnifique constat de la réalité et un poème visuel d’une beauté rayonnante.

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Shirin Neshat. Rapture. Installation vidéo. 1999

Dimanche
Mi-juin c’est le moment où le cigarier, un très beau coléoptère à reflets métalliques du vert cuivré au grenat, s’attaque avec gourmandise au prunier qui porte les jeunes fruits. Tandis que le mâle mange les feuilles, la femelle prépare le site de ponte en entaillant le pétiole de la feuille qu’elle enroule, provoquant ainsi déssèchement, arrêt de la sève et baisse de l’activité chlorophylienne.

Lundi
Il y a des choses qui me désolent à Marseille. Par exemple la dernière idée artistique pour célébrer le fait que la ville sera capitale européenne de la culture en 2013. Il s’agit, sur le modèle d’Hollywood, d’implanter en lettres géantes Marseille en haut du flanc d’une colline (voir photo ci-dessous). Je me pose des questions : est-ce une signalétique pour extraterrestres ?  Y a-t-il un seul être humain, même rapidement de passage dans cette agglomération, qui ne saurait pas le nom de la ville ?
Ce concept –pour être gentil-  est tout sauf une autoproclamation, comme certains semblent le penser, en particulier à la municipalité. Au contraire il est pour moi une sorte de rejet d’identité. Une forme de honte de soi. Que penser d’une ville qui a 2600 ans d’âge et qui, pour s’affirmer, copie platement  une bourgade devenue une municipalité en 1903 et dont les promoteurs immobiliers, en 1923, ont écrit en grand Hollywoodland sur la colline pour faire la pub des parcelles qu’ils avaient à vendre ? (les quatre dernières lettres, land, ont été enlevées  en 1949 quand la Chambre de Commerce a restauré cette vieille publicité) Je trouve que tout cela frise le pathétique dans le genre nous-sommes-si-peu-de-chose-que-le-mieux-est-d’imiter-les-autres. En voyant cette inscription les étrangers vont avoir le même genre de ricanement que nous en voyant les remakes de la tour Eiffel ou de Venise à Las Végas. Ils n’ont donc que ça a proposer comme réalisation de leur créativité ?

marseillecolline.png Cette idée est portée par Christophe Fort,  36 ans, qui se présente sur son site en écrivant : « Je suis un artiste peintre international »  A la vue de ses oeuvres tout ce que je peux dire c’est que c’est un graphiste qui répète avec application les formules des ancètres, mais sûrement pas un artiste. Au sens où ce n’est pas un chercheur, il pompe délibérément chez tous les graphistes pop des années 60 et 70. Façon Mouse Studios, Milton Glaser, Free Press, pochette de Jefferson Airplane et tutti quanti. Opinion de critique,évidemment. (pour les railleries de qualité à ce sujet, se reporter à la rubrique « De la critique » colonne de droite en haut) Pour Marseille en lettres géantes le plan marketing de Christophe Fort est absolument dans la norme du politiquement correct : social, économique, culturel et avec une vocation d’aide à la recherche médicale. Le plus accablant est que tout ce machin si créatif va peut-être se réaliser.

Mardi
mterrieremersion.jpgIl faut parfois être très volontariste pour voir l’art d’aujourd’hui. C’est le cas pour l’exposition « Silence(s) » de Mélanie Terrier au Lycée Professionnel Léonard de Vinci de Marseille. Les oeuvres montrées sont diaphanes, vaporeuses, éthérées. Elles demandent de l’intime, du silence, de l’ombre et de l’attention. Or elles sont montrées dans un hall et une cour baignés de soleil et d’agitation. Même s’il est difficile de mettre à part ce handicap pour simplement voir, on peut y arriver. Alors apparaissent des images de corps venants dans une sorte de matérialisation du rêve, dans une incertitude et une confusion entretenues. Juste le contraire de la télé et de la consommation passive, ici c’est le regardeur qui agit. Il entrevoit alors que Mélanie Terrier arrive à capter certains transferts d’informations inconscientes. Comme dans cette vidéo « Emersion » (images à droite) où un flottement d’iris se révèle peut-être en embryon puis une épiphanie subtile d’incertitude et enfin un propulseur de corps féminin nageant dans l’eau d’un regard.

Mercredi
Au milieu d’un fatras de poèmes qui ne laisseront pas une trace notable dans l’histoire de la littérature, la grande galeriste Katia Granoff raconte dans ses mémoires  ( « Chemin de ronde » .10/18. 1976) sa première vente d’une toile de Chagall: « …Je ne saurais oublier la comtesse de Noailles qui, sortie d’une exposition sans s’être décidée, m’envoya bientôt son mari qui arriva en coup de vent et me dit : Je viens chercher d’urgence la toile de Chagall que la  comtesse a remarquée. C’est grave, car elle ne pourrait pas vivre sans elle. »

Jeudi
clara-perreaut.jpgIl y a des armes dans les oeuvres de Clara Perreaut : fusils, révolvers, légion d’honneur, harpons ; des balles dans des écrins et des animaux qui volent : oiseaux, papillons . Il y a des animaux qui ne volent pas : ours, panthère, homme, lion. Il y a la rencontre des uns et des autres, souvent peu amène comme on sait. A la galerie Territoires Partagés   il y a aussi une petite fille au fusil qui prie un lion dont elle a volé les moustaches et qu’elle a couvert de roses . Il y a une femme nue qui flirte avec une panthère et il y a un cercle chromatique très beau, très pur, très leçon de Johannes Itten au Bauhaus. Jusqu’à ce que l’oeil, ce chien galeux à mémoire, découvre que le cercle est fait de canons de fusils. Dans un hoquet visuel l’oeil décide alors que ce n’est pas que beau.

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Pendant ce temps et parce que les artistes ont le don d’ubiquité, à la Galerie du Tableau la même Clara Perreaut montre une installation qui s’appelle « au clair de la lune mon ami… » (ben oui il y a un jeu de…) qui se présente d’un côté comme une constellation céleste, dont le coeur est l’éventail en plumes de la belle Otéro l’année où elle avala le Duc de Westminster, le tout est flanqué de deux glaces à main qui ne réfléchissent pas mais sont dangereusement armées et abritent un couple de cincles plongeurs. Perpendiculairement il y a la trace si subtile des plombs de fusils déchargés avec élégance sur le premier panneau venu, faute de mieux. Sur le mur d’en face sept miroirs –toujours de la belle O ?-  renvoient l’ensemble suivant le narcissisme du regardeur. Clara Perreaut traduit en volumes des fables visuelles perverses, des limericks souriants et cruels, des comptines amoureuses à griffes et des chansons impertinentes  et féroces.

clara-perreaut3.jpg

Vendredi
Je n’ai pas encore vu le nouveau Musée Punta della Dogana de François Pinault à Venise, mais il y a, même de loin, quelques données factuelles. Dans la grande exposition inaugurale « Mapping the studio » qui se déroule aussi au Palazzo Grassi, il y a 58 artistes représentés dont trois français : Adel Abdessemed, Daniel Buren et Martial Raysse. On ne peux pas dire que François Pinault donne précisément dans la défense et illustration de la vitalité de l’hexagone. D’autant que Raysse et Buren sont nés respectivement en 36 et 38. D’ailleurs pour montrer clairement son autonomie le grand collectionneur fait flotter le drapeau breton et non le tricolore sur son nouveau musée.

__________________________________________________________________                                       Sauf mention contraire les photos et illustrations sont de l’auteur. Si vous voulez laisser un commentaire, qui est le bienvenu, vous devez cliquer ci-dessous sur  comment (qu’il y ait no devant ou bien un chiffre) Oui je sais c’est étrange. Mystère cybernétique.                                    __________________________________________________________________