Opéra intime
Dimanche, octobre 18th, 2009Semaine 42/ octobre 2009
Samedi
Il est très rare qu’un musicien choisisse les arts plastiques et ses lieux de monstration. C’est le cas de Céleste Boursier-Mougenot dont l’installation “Sans titre, série IV-1/3 2000-2007″ (Exposition Voyage sentimental 3. Frac Paca) est une piscine circulaire où des porcelaines bougent et s’entrechoquent aléatoirement dans une subtile et délicate musique des sphères. Mouvements et formes sonores dont l’étrange autonomie appelle un silence de contemplation.
Céleste Boursier-Mougenot. “Sans titre, série IV-1/3 2000-2007“
Dimanche
Dans “L’esthétique des philosophes” (Place Publique Editions.1996) le philosophe Marc Jimenez dans sa contribution intitulée “La critique : à quoi bon ?” soulevait déjà la question de l’art comme divertissement événementiel : “L’art, les artistes, les oeuvres ne sont pas menacés de mort. Le seul risque, mais il est loin d’être négligeable, est celui de leur intégration dans un circuit qui, avant d’être culturel, est économique. De gré ou de force, les pratiques artistiques se fondent dans le lot des activités quotidiennes, avec cette différence que le rapport entre l’art et la réalité est vécu sur le mode du divertissement, à mi-chemin entre le match de foot télévisé et le jogging matinal. Différence importante, car cela signifie que l’art -largement supplanté par le culturel- est ressenti seulement comme distraction et non plus comme possibilité de transformation du réel.”
Lundi
Le plus souvent l’art est assez banal, juste narcissique et plutôt ennuyeux. On continue à le voir et le fréquenter pour ces moments de renversements fondamentaux qu’il offre parfois. C’est le cas aujourd’hui devant cette grande peinture d’Anke Doberauer qu’elle présente dans son atelier avant de l’exposer à la Kunsthalle de Giessen à la fin du mois. C’est une grande machine de 6,20 mètres de long et 3 mètres de haut qui m’a capté immédiatement et littéralement hypnotisé. Je crois que c’est un opéra intime, il y a plus de 60 personnages qui offrent des corps à corps intimes avec celui du spectateur. Cette présence très forte est évidemment issue, non d’une machine, mais de la main de la peintre et des deux années d’énergie passées à établir ce grand théâtre des opérations. Il me semble que contrairement à ce qu’on peut penser -particulièrement en France- il ne s’agit pas ici de réalisme, juste de l’utilisation des outils de l’esthétique néo-classique au service d’une peinture qui affirme son autonomie aujourd’hui et maintenant, et se lève, comme une pâte riche de levure, dans la présence du regardeur. Aujourd’hui et maintenant aussi dans l’allégorie d’une société multiethnique de loisirs de masse, de consommation d’objets/prothèses et d’obsessions sécuritaires. Mais tout cela est d’abord porté par des virtuosités d’accord d’élans chromatiques, de modalités picturales et de stratagèmes -multiples perspectives- qui en font une vraie peinture importante. C’est à dire une aspiration au sublime qui a l’élégance d’être déguisée en innocente légèreté.
Dans le montage photo ci-dessous il manque l’essentiel : la présence de cette peinture qui ne se perçoit -comme toujours- que dans le corps à corps réel du regardeur et de l’oeuvre.

Anke Doberauer. Die badenden. Huile sur toile. 6,20 x 3 m. 2009
Mardi
Selon The Sunday Times l’artiste britannique Tracey Emin, qui représentait la Grande Bretagne à la biennale de Venise en 2007, a décidé de s’installer en France. Elle déclare ne pas être disposée à payer 50% d’impôts selon la nouvelle législation britannique qui va entrer en vigueur en avril 2010 pour “..un gouvernement travailliste qui n’a aucune compréhension pour les arts”
Mercredi
Faire des trous dans les galeries est devenu une pratique assez fréquente dans le monde de l’art.
Je rêve devant ce trou avec construction verticale de Caroline Le Méhauté ( Galerie des Grands bains douches de la Plaine) C’est un rêve avec questions : est-ce la matérialisation d’une métaphore ? S’agit-il de creuser un abîme ? De rendre profond ce qui est déjà creux ? De se creuser la tête ? De chercher un passage ? Nous serons toujours fascinés par ce qu’il y a sous la réalité. Il existe une revue d’art qui s’appelle le Trou, beaucoup d’artistes sont fascinés par les trous noirs et je pense à ceux de Maurizio Cattelan en 1997 et en 2001 Les Peuls ont un proverbe en forme de réponse : Il faut creuser des puits pour étancher les soifs de demain.
Caroline Le Méhauté. Négociation 18 : à la verticale des horizons. Cire, paraffine et terreau. 2009
Jeudi
C’est le moment d’aller saluer, au sud, la constellation de Pégase et ses quatre étoiles en carré : Alphératz, Scheat, Markab et Algenib. En se souvenant que Pégase, le cheval ailé et magique, aussi rapide que le vent, naquit à partir du sang de la Méduse, décapitée par Persée, et, après maints exploits, gagna les demeures des dieux qui le placèrent parmi les constellations.
Vendredi
Ce Don Quichotte sur Rossinante à bascule de Gael Roux (expo à vendre Galerie Montgrand) ressemble bel et bien au peintre, armé de son pinceau et de sa palette, infantile jusqu’à poursuivre des chimères dont les livres lui ont rempli la tête.
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