Archive for février, 2010

De la subversion à la censure

Dimanche, février 14th, 2010

Semaine 6/ février 2010

Samedi
Dans cette exposition César  (Fondation Ecureuil) assez remarquablement mal accrochée, mal éclairée et mal documentée, je tombe en arrêt devant cette Compression de Bidons de César piratée par Ben. C’est un bel exemple de détournement, de reprise, de transformation et, pour tout dire, de squat artistique. J’ai pensé à Erased De Kooning drawing (1952) où Rauschenberg demanda un dessin à De Kooning pour l’effacer mais ici il n’y a pas de destruction, juste un ajout, comme ces squatters qui installent l’électricité où elle avait disparu. Poursuivant cette logique jusqu’à l’appropriation Ben a écrit : ” Ceci n’est pas un César mais une écriture signification de Ben qui dit : si tout est art alors… J’aurais tellement de peine si on détruisait mon oeuvre.” Et la signature porte : ” Ben 1989 oct. N° d’inventaire dans mon cat raisonné 20/42.“  Finalement nous avons là une jolie subversion à travers une question cauchemar pour les marchands : à la fin cette pièce est-elle  un César ou un Ben ? Comme on peut s’en douter aucun cartel ne raconte tout cela dans l’exposition.

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César. Compression de bidons. 1980. Ben. Ecriture.1989. 41 x 45 x 65 cm.

Dimanche
La rue est parfois pleine de trésors. Celui-ci est sans doute déconsidéré par beaucoup. Il me réjouis, comme presque tous les trésors gratuits. C’est de la poésie. Le dialogue suavement délirant entre une femme et un docteur. Un texte de Frédéric Léal exposé sur les vitrines de la galerie Où.

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Lundi
Ceux qui pensent que faire des dessins pour enfants ne peut être le fait d’un grand artiste sont les héritiers de ceux qui pensaient jadis que La Fontaine n’était pas un grand écrivain puisque les enfants aimaient le lire.  Moi j’aime beaucoup Tomi Ungerer ( Expo Le singulier bestiaire de Tomi Ungerer. Bibliothèque départementale)  et le dessin ci-dessous me plait. Mettre en image  l’expression “Vous sortir par les yeux” et, dans le même graphe, la suggestion du spleen d’un chat qui ne supporte plus l’obligation identitaire d’être un croqueur de souris, est d’une grande virtuosité.

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Mardi
Les archéologues de l’institut d’anthropologie et d’histoire (INAH)  de Mexico viennent d’annoncer la découverte d’une peuplade inconnue, les Tubares, qui auraient vécu dans le nord du pays ( Sierra Tarahumara, Etat de Chihuahua) entre l’an 1000 et la fin du XIXème siècle où ils se sont éteints. Selon les chercheurs, les Tubares se seraient exilés dans la Sierra Tarahumara pour fuir l’évangélisation coloniale. Ils auraient connu trois phases de développement :  d’abord nomades, puis semi-nomades, ils se sont finalement sédentarisés en formant de petites communautés.

Mercredi
C’est sans doute l’oeil au beurre noir le plus cher du monde. Aujourd’hui cette petite (18,8 x 14,3 cm) peinture de Lucian Freud a été vendue 2,2 millions d’euros par Sotheby’s à Londres. Soit largement en dessous d’une estimation optimiste de 3,4 à 4,6 millions d’euros. Cette peinture n’avait jamais été présentée au public jusqu’à présent. Peinte vers 1978, soit à l’époque où Lucian Freud était très ami avec Francis Bacon, elle est représentative du mode de vie plutôt excentrique du petit fils de Sigmund à cette époque. A la suite d’une bagarre avec un chauffeur de taxi, Lucian Freud se retrouva avec un magnifique coquard à l’oeil gauche. Il découvrit alors comme particulièrement intéressantes les nouvelles couleurs de son visage et il s’empressa de réaliser cet autoportrait en cadrage serré.

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Lucian Freud. Autoportrait à l’oeil au beurre noir. 18,8 x 14,3 cm. 1978.

Jeudi
Dans l’atelier d’Armelle de Sainte Marie. On parle de ce que la peinture induit dans la conversation : la coexistance de l’organique et du minéral, les batailles du trait et de la couleur, l’incarnation des volumes, l’horizontal et le vertical et la relation mystérieuse entre la couleur et le format. Elle dit : ” Je suis malmenée parfois par tous ces désirs et le tri se fait par le travail.

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Vendredi
L’école des Beaux Arts de Paris (Ensba) vient de censurer l’oeuvre de l’artiste chinoise Siu-Lan Ko  qui n’est restée accrochée que quelques heures sur la façade de l’école. Dans le cadre de l’exposition “Week-End de sept jours” ,  il s’agissait de deux banderoles, voir ci-dessous, qui, dans un sens signifiaient : “Gagner plus” et dans l’autre sens “Travailler moins”. Un travail dans l’espace public que l’on peut situer dans l’héritage de Barbara Kruger et de Jenny Holzer. En faisant décrocher cette oeuvre, Henry-Georges Cousseau, le directeur de l’école, a fait d’une pierre trois coups : d’abord il illustre parfaitement le climat actuel de pétoche généralisée vis à vis du pouvoir, ensuite il donne des raisons de ricaner aux Chinois quand on leur parlera de droits de l’homme, enfin il participe au rayonnement de la France terre des arts et de la liberté. Réussite parfaite.

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Aux dernières nouvelles le ministre de la culture demande le ré-accrochage de l’oeuvre. Vous reprendrez bien un peu de confusion ?

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