Rouge, ultraviolet et nuques
Dimanche, mars 21st, 2010Semaine 11/ mars 2010
Samedi
Katia Kornilova est une peintre russe. Je regarde sa Femme en rouge ( Galerie Polysémie) et je ne peux pas m’empêcher de lui trouver un air Saxon, avec ces deux lettres T et V de part et d’autre du visage, peut-être un portrait. Masse de mégère, goitre abondant et cheveux filasse. Avec cet étrange décor sur le plexus et des mains à étrangler toute espérance. Sorcière rouge, nocturne de gueule. Peinture russe ? J’essaie de me souvenir de la grand-mère dans Oncle Vania. Impossible, ne fonctionne pas.
Katia Kornilova. La femme en rouge. Huile sur toile. 100 x 124 cm. 1993
Dimanche
Selon Reuters une équipe de restaurateurs italiens, grâce à l’utilisation de rayons ultraviolets, a découvert de magnifiques détails originaux des peintures de Giotto de la chapelle Peruzzi de l’église Santa Croce de Florence. Ces peintures, réalisées a secco par Giotto, vers 1320, auraient grandement influencé Michel-Ange qui les aimait beaucoup. Puis elles ont été largement altérées par de nombreuses restaurations malheureuses. Le problème de cette découverte exceptionnelle c’est qu’elle est inaccessible au grand public, puisque visible seulement à la lumière ultraviolette, nuisible si elle est appliquée en permanence.
Lundi
Devant ce “R” de Jérémy Damien ( Galerie du Tableau) je pense d’abord aux Jasper Johns des années 60. R ? ère qui erre ? Bon d’accord : l’air du pauvre hère qui erre sur l’aire est précaire.
Jérémy Damien. R. Acrylique sur toile. 100 x 100 cm. 2010
Mardi
Il semble que la justice vient de faire d’une pierre deux coups : se préserver du ridicule et protéger la création artistique. En effet la cour d’appel de Bordeaux vient d’annuler l’ordonnance de renvoi visant les trois organisateurs de l’exposition “Présumés innocents” mettant ainsi fin à dix ans de procédure. A l’origine de l’affaire se trouve l’association de protection de l’enfance La Mouette qui avait déposé plainte quelques jours après la fermeture de l’exposition “Présumés innocents. L’art contemporain et l’enfance“. L’exposition avait présenté, de juin à octobre 2000 au musée d’Art contemporain de Bordeaux, plus de 200 oeuvres autour du thème de l’enfance. Dans son arrêt, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Bordeaux écrit “qu’en l’absence d’une détermination précise des oeuvres présentées, ni de la possibilité d’en apprécier le contenu, l’infraction ne saurait être établie“. En effet le magistrat en charge de l’instruction n’avait pu, au cours de son enquête, avoir accès à l’ensemble des oeuvres. L’arrêt précise également ” que certaines oeuvres critiquées ont déjà fait l’objet d’exposition ou se trouvent dans des musées réputés, tels que le musée d’Art moderne de New York.” Rappelons que parmi les oeuvres incriminées figuraient celles du dessinateur suisse Ugo Rondine, de l’Autrichienne Elke Krystufek ou des photographes américains Nan Goldin, Cindy Sherman et Garry Gross.
Mercredi
Ce soir, à l’ouest bien dégagé, a lieu le plus beau rendez-vous du mois : celui de l’éclatante lumière de Vénus et du croissant de lune en sourire.
Jeudi
On le sait, l’époque est trouble : pour décrocher les faveurs de la renommée, il y a des gens qui traversent le Pacifique en planche à voile, parcourent la Patagonie à dos de yack Tibétain, jouent au yoyo au pole sud en trottinette, dérivent en Ingouchie en marchant sur les mains et parcourent le Kalahari en triporteur chargé d’artichauts. Les uns et les autres vendent ensuite leurs exploits autobiomédiatiques, films livres photos blablas, dans les cases adéquates. En artiste, Yann Poncelet ( La Traverse) ricane de toute cette salade en parcourant le monde avec le carton d’emballage d’un vélo. ce qui donne une série d’images décalées, narquoises, équivoques et rafraîchissantes.

Vendredi
Je regarde ces nuques de liseuses d’Anke Doberauer (Galerieofmarseille) et je cherche le mystère de leur présence. L’étrange aura qui se dégage des portraits à l’échelle 1 tient à la captation du regard que cette peinture semble opérer. Ici, ce que la peinture ré-invente c’est la puissance érotique des nuques féminines. Chose que les Japonais savent depuis toujours. Devant ces peintures je me souviens d’une des plus belles images de Claude Chabrol : un plan fixe de la nuque de Stéphane Audran, dans “Le boucher“.