De quelques vibrations
Dimanche, avril 25th, 2010Semaine 16/ avril 2010
Samedi
Le mystère est dans les décombres. Il s’agit de trois parpaings, avec bouts de plâtre et gravats. C’est Concrete Stone de Vincent Ganivet ( Buy-Sellf Art Club) En principe le rebut rebute, l’abus contribue au refus. En pleine réalité vous regardez les trois parpaings pendant un bon moment, et vous êtes prêt à céder à un accablement gravataire mélancolique, lorsque, tout à coup, les trois parpaings s’agitent en vibrations qui les déplacent et vous troublent. Démontrant par là qu’il faut toujours se méfier du décombre qui dort. Il cache parfois des saisissements de pleine réalité.
Vincent Ganivet. Concrete Stone.
Dimanche
Une importante conférence vient d’avoir lieu au Caire : invités par Zahi Hawass, le bouillant chef des antiquités égyptiennes, 25 pays, dont beaucoup d’Amérique du Sud, ont dressé une liste des oeuvres d’art majeures dont ils entendent réclamer la restitution à de grands musées européens et américains. On connaît, en gros, les arguments des uns et des autres. Les pays pauvres disent “Rendez-nous nos trésors culturels, ils font partie de notre identité”, les pays riches répondent : “Vous n’avez pas les moyens de mettre en valeur et de protéger vos trésors et nos grands musées sont universels”. Il semble que tout cela ne se passe pas toujours entre gentlemen. A ce sujet Gihane Zaki, responsable des relations internationales au Conseil suprême des antiquités égyptiennes a déclaré “Il y a beaucoup d’amertume chez les pays du Sud. Leurs revendications se heurtent souvent à une fin de non-recevoir, parfois avec pas mal d’arrogance, et ils n’ont pas les moyens financiers d’aller devant la justice pour obtenir gain de cause.» De son côté Zahi Hawass prône une politique plus agressive, en menaçant de rompre les relations avec les musées récalcitrants et de suspendre leurs chantiers de fouilles.
Lundi
Aujourd’hui deux choix artistiques et nocturnes possibles : soit convoquer Aphrodite ou Bacchus, festoyer amplement et ne pas dormir, soit se lever largement avant l’aube pour admirer les nombreuses étoiles filantes Lyrides qui semblent émaner d’Hercule, au nord-est.
Mardi
Je suis fasciné par l’importance de la couleur rouge
chez les opposants thaïlandais. La plupart des Chemises rouges sont d’origine rurale et viennent du nord du pays. Je trouve qu’ils portent leur couleur avec panache. Ci-contre leur dernier exploit : faire le mur de leur hôtel que la police vient d’investir, aux yeux de tous et dans la grande tradition. Jolie performance.
Mercredi
Le charme des dessins d’Adrien Pécheur ( Galerie Porte Avion) tient à ce qu’on ne sait jamais où les classer : fantastique ? B.D. ? Humour ? Au jeu un peu niais des assignations il me semble qu’ils sont des dessins romanesques. Famille Amado ou Garcia Marquez. Il sont toujours porteurs de qualités rarement réunies dans l’art contemporain : délirants, précis, ironiques, baroques.
Jeudi
Réjouissante exposition de groupe dont le titre est ” Son filetage mord dans la matière et sa tête tient l’assemblage.” (Galerie SMP) Douze artistes autour du concept de l’art du bricolage (Arte Bricola) et de l’activité manuelle dont les hypermarchés de bricolage sont devenus les temples consommatoires. Au fond de la galerie un autel dédié au culte : Étagère de Delphine Reist, un meuble de rangement transformé en vitrine où douze outils électriques, alternativement, se mettent seuls en marche. Vibrations ici encore. Comme la liberté, soudainement acquise, de machines qui fonctionnent seules, même loin de notre regard. Il y a bien d’autres choses dans cette exposition : par exemple un hummer en tasseaux de bois qui enlace affectueusement une colonne ( Alori Ledaguenel ) une mobylette transformée en poème mobile dédié au contreplaqué ( Pablo Marcos Garcia ) un clin d’oeil aux Constructeurs de Fernand Léger (Atelier A/Z et Karin Weeder) et Encastrable ( Antoine Lejolivet et Paul Souviron ) qui raconte les aventures des deux artistes réalisant leurs oeuvres directement -et clandestinement- dans les hypermarchés, sans clous ni vis, en permutant les situations, les fonctions et les usages.

Delphine Reist. Étagère. 2007.
Vendredi
La Freie Universität de Berlin vient de mettre en ligne une base de données concernants plus de 21 000 peintures, photos et sculptures, qualifiées d’art dégénéré par les nazis et saisies dans les musées allemands à partir de 1937. Il s’agissait, pour les amis d’Hitler, d’assainir les musées des oeuvres impressionnistes, dadaïstes, fauves, cubistes ou surréalistes qu’ils considéraient comme incompatibles avec l’idéal aryen.
Des oeuvres d’Emil Nolde, Otto Dix, Franz Marc, Paul Klee, Wassily Kandinsky, Marc Chagall et de beaucoup d’autres artistes furent ainsi saisies. Les chercheurs de la Freie Universität de Berlin fournissent, sur ce site, de nombreuses informations sur chaque oeuvre depuis sa spoliation.