Du vol, des marchands et de Kafka
Dimanche, août 29th, 2010Semaine 34/ août 2010
Samedi
La peinture de Van Gogh qui vient d’être volée au musée Mahmoud Khalil du Caire est la source de multiples confusions sur la toile. Il s’agit de Coquelicots et marguerites (1887) ci-dessous, mais beaucoup de sites Internet l’ont confondu avec une autre peinture de Van Gogh représentant des coquelicots et conservé au Wadsworth Atheneum Museum de Hartford aux U.S.A. Le tableau volé est significatif de l’influence de Monticelli, que Van Gogh découvrit, avec enthousiasme, à son arrivée à Paris, en 1886. Cette peinture est estimée à 43 millions d’euros et semble invendable sur le marché. Le jour du vol il n’y a eu qu’une dizaine de visiteurs au musée. Mais toutes les alarmes étaient en panne et le vol n’a pu être filmé puisque sur les 43 caméras seules 7 fonctionnaient. Au sujet de ce vol l’écrivain égyptien Alaa El Aswani ( L’immeuble Yacoubian, Actes Sud) vient de déclarer : ” Cette effraction traduit les graves dysfonctionnements de l’Egypte actuelle. Il est fréquent que des quartiers entiers soient coupés d’électricité. Ce pays est une dictature où plus personne n’est responsable de rien. C’est le règne du n’importe quoi.” En attendant la chasse est ouverte : Naguib Sawiris, un milliardaire égyptien, président du premier opérateur mobile arabe, Orascom Telecom, vient d’offrir une récompense de 138 000 euros, à toute personne qui pourrait fournir des informations probantes pour aider à retrouver le tableau.

Dimanche
Selon The Guardian l’Etat italien a engagé une bataille avec la ville de Florence pour savoir à qui appartient le David de Michel-Ange conservé à la Galleria dell’Accademia. Au delà des vaines querelles de juristes qui semblent, au mois d’août, légèrement en manque de grandes causes, il apparaît que le marbre de mauvaise qualité utilisé par Michel-Ange, en 1501, recommence à faire des siennes : les fentes restaurées il y a quatre ans se sont déjà réouvertes. Il est possible que les vibrations des pas du million de visiteurs qui piétinent chaque année devant cette sculpture de 5 mètres de haut en soient la cause.
Lundi
Dans l’église des Trinitaires d’Arles la grande moue de post-ado de Mick Jagger porte, avec une impertinence naïve, le poids des années passées à la trappe. Il avait 23 ans.

Jean-Marie Périer. Mick Jagger. 1966.
Mardi
Pourquoi vous ne pouvez pas toujours croire votre marchand d’art. Sous ce titre le Wall Steet Journal remarque les nombreux problèmes judiciaires et les soupçons fréquents qui se sont abattus, ces derniers temps, sur les marchands d’art. On leur reproche surtout d’acheter à très bas prix à des particuliers des pièces revendues très cher. Il semble donc que le principe même du commerce pose une question : jusqu’où peut aller le bénéfice ? Un des procès en cours concerne une oeuvre de 1889 de Bouguereau ( notoire imagier pompier ) achetée à un ordre religieux new-yorkais 450 000 dollars puis revendue 2 millions. Le journal recommande aux particuliers de multiplier les avis d’experts, de consulter les sites spécialisé : ArtNet.com, AskArt.com et Artprice.com et de faire appel à un évaluateur professionnel. Ah bon ?
Mercredi
Cette photo tripatouillée par Mathieu Bernard-Reymond est un trouble jeu avec la réalité du monde et ses images. Qui parle de réalité ? Ici, la seule est celle de cette image qui pique.
Mathieu Bernard-Reymond. China Air and Water Pollution. Série Les monuments . 2001-2006
Jeudi
C’est le moment d’observer Jupiter, dans la constellation des Poissons, à l’Est. Brillance exceptionnelle ( magnitude - 3) et quatre satellites observables facilement avec un petit instrument. Les anciens l’appelaient Grand Bénéfique.
Vendredi
Les aventures des manuscrits et dessins de Kafka continuent. On sait que sur son lit de mort, en 1924, Kafka avait demandé à son ami Max Brod de brûler tous ses manuscrits. Merci à ce dernier de ne pas l’avoir fait. Fuyant le nazisme Brod émigra à Tel Aviv en 1939 et fit publier les textes de Kafka. Puis il a ensuite légué la succession à sa secrétaire, Esther Hoffe, qui les a, à son tour, transmis à ses filles. A la mort de leur mère il y a trois ans, ces dernières ont voulu se faire confirmer l’héritage auprès des autorités israéliennes. Un procès est en cours à Tel Aviv pour établir si les héritières peuvent disposer librement ou non de cette succession. En attendant le tribunal israélien vient d’ordonner l’ouverture des coffre-forts de la banque USB de Zurich où les manuscrits et dessins reposaient depuis plus de 50 ans. Il semble que la Bibliothèque nationale d’Israël, à Jérusalem, aimerait bien saisir l’occasion pour tenter de récupérer les manuscrits de Kafka.
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