Archive for septembre, 2010

Le minaret rococo est le clou du labyrinthe

Dimanche, septembre 19th, 2010

Semaine 37 /septembre 2010

Samedi
JR  vient encore de frapper. A Vevey, en Suisse, il vient de coller l’image d’un minaret de 40 mètres de haut sur un ancien silo à grain, voir ci-dessous. L’exposition, baptisée Unframed (décadré), est une collaboration entre l’artiste, le festival Images et le Musée de l’Elysée de Lausanne où l’artiste a puisé des images qu’il a ensuite agrandies et collées un peu partout à Vevey. Ainsi cette image de minaret est, à l’origine, un détail d’une photo de Lehnert et Landrock prise en Afrique du Nord au début du XXe siècle, à l’époque ou l’orient et l’orientalisme étaient à la mode. A tous ceux qui l’ont traité de provocateur JR a répondu au Matin : «Lorsque j’ai collé des photos d’imams et de rabbins côte à côte sur le mur de séparation à Jérusalem, beaucoup ont eu peur que mon propos soit ressenti comme une provocation. Mais c’est le contraire qui s’est passé. Un dialogue s’est engagé. Depuis, à cet endroit, le mur s’est couvert d’œuvres. Mon art n’est pas engagé. Il est engageant.»
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Dimanche
Le collectif tradition-tradition Sauvegarde du château de Versailles appelle à manifester contre l’expo de Murakami  Il y a deux ans la Coordination Défense de Versailles avait entrepris, sans succès, une action en justice pour faire annuler l’exposition de Jeff Koons. Je ne suis pas un amateur inconditionnel des oeuvres de Jeff Koons, ni de celles de Takashi Murakami, mais je trouve que ce double choix de Jean-Jacques Aillagon, le président de l’établissement public, est finalement assez cohérent. Aussi bien Koons que Murakami sont pour moi de brillants représentants d’une certaine frime dans l’air du temps  ( rococo d’aujourd’hui dit Ben Lewis dans Prospect  et sur ce point je suis d’accord avec lui ) leurs goûts du spectaculaire, de la profusion et de la surcharge ornementale, leurs formalismes insignifiants mais pleins de puissance financière est en dialogue assez juste avec le décor de Versailles qui porte le faste et la pompe du pouvoir, soit des valeurs assez proches.

Lundi
45 ans de vie de la Chine à travers cette sculpture triple de Chen Yanyin, étudiant à l’institut de peinture et de sculpture de Shanghai (Expo Rendez-vous à Marseille. Espace Villeneuve-Bargemon) qui dit les métamorphoses, personnelles et sociales, de sa mère à travers les remous de l’histoire.
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Chen Yanyin. Ma mère 1953-1963-1998. Résine .90 x 70 x 40 (x3)

Mardi
Dans L’art qui nous est contemporain (Editions Artextes 1999)  de la québécoise Rose-Marie Arbour je relève cette question : ” L’art contemporain se distingue  -tout comme l’art moderne- par la dissidence qui met en cause les valeurs dominantes aliénantes. En ce sens, son rôle va dans le sens d’une réappropriation de la conscience investie par autrui et d’un défi par rapport à ce qui désormais nous baigne : l’information généralisée. Il y a un siècle l’art moderne voulait révolutionner la conception de l’humain. L’art contemporain en a-t-il fini avec cette volonté de changer la vie maintenant qu’elle est menacée d’être presque entièrement déterminée par l’économie et l’information ? “

Mercredi
Je suis resté un bon quart d’heure à observer les visiteurs.  Pas un seul n’a vu Le clou de l’exposition de Vlad et Alina Turco ( L’exposition exposée. Astérides  ) Il est vrai qu’il est seul au milieu d’un grand mur blanc, dans une exposition qui occupe un vaste espace et qu’il demande une sorte d’attention au détail, un goût du minuscule, un penchant au presque rien, à l’exact opposé du flonflon voyant souvent asséné. C’est pourtant un clou en or et un sourire planqué au centre même du code.

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Vlad et Alina Turco. Le clou de l’exposition. Clou en or 18k. 5 x 0,5 x 0,5 cm. 2009.

Jeudi
C’est le moment de planter un grenadier. Tout le monde a besoin de la grenade dont la tradition musulmane assure qu’elle permet au coeur de l’homme de se débarrasser de la haine et de la jalousie. Bonne idée.

Vendredi
C’est un labyrinthe sans entrée ni sortie, comme une tranche de cerveau en autarcie où l’oeil qui s’y promène retrouve, en miroir, le vide de son errance. C’est beau, vide, élégant et vain. C’est une oeuvre de Motoi Yamamoto (Art-O-Rama )

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Motoi Yamamoto . Labyrinth. Sel, résine sur aluminium. 2009