Archive for décembre 31st, 2010

De quelques retours de mémoire

Vendredi, décembre 31st, 2010

Semaine 52 /décembre 2010

Samedi
Exploration de la réalité du monde, examen clinique et impitoyable du moindre détail, de la moindre imperfection du mur de monstration, voici le résultat de ce frottis d’Arnaud Vasseux (Galerie du Tableau) en reprise d’un très vieux geste immémorial : frotter un charbon sur la paroi. Art inachetable, c’est à dire autonome. De l’émergence d’une source du rien dans le noir, l’art chuchote l’invisible.

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Dimanche
Il fait froid, en trois jours, l’hermine ( Mustela erminea ) change son manteau brun pour sa tenue hivernale toute blanche. Cette rapidité transformiste a longtemps fait croire qu’il s’agissait de deux animaux différents.

Lundi
Je ne résiste pas au plaisir de détourner encore une image de Jean-Léon Gérôme, dont la grande exposition se poursuit au Musée d’Orsay jusqu’au 23 janvier. Beaucoup de peintures exposées viennent de collections californiennes, juste retour des choses pour ce peintre d’histoires qui a beaucoup inspiré Hollywood. Dans le Salon de 1859 Baudelaire ne s’est pas gêné pour écrire ce qu’il en pensait  : “La facture de M.Gérome, il faut bien le dire, n’a jamais été forte ni originale. Indécise, au contraire, et faiblement caractérisée, elle a toujours oscillé entre Ingres et Delaroche.”

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Jean-Léon Gérôme et J-L.M. Marché aux esclaves. 1866 et 2010.

Mardi
Les experts du Metropolitan Museum Of Art de New York  viennent d’authentifier un nouveau tableau de Diego Vélasquez (1599-1660). Le Portrait du Roi Philippe IV serait de la main du peintre de la Cour d’Espagne et non pas d’un assistant de son atelier comme on le pensait jusqu’à présent.  Daté de 1624, ce portrait n’est pas une oeuvre majeure mais plutôt un essai de jeunesse : le roi avait 18 ans et Vélasquez 25, c’était une de ses premières oeuvres en tant que peintre de Cour.

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Mercredi
Le cinéaste Peter Greenaway vient d’inaugurer l’Armory, nouveau et gigantesque lieu d’exposition à Manhattan, avec une énorme installation multimédia qui revisite La Cène de Leonardo et Les Noces de Cana de Véronèse. Une sorte de son et lumière sur une multitude d’écrans géants avec personnages qui parlent et zoom sur visages divers. L’installation a eu un vrai succès public et le New York Times l’a qualifiée de nulle. Eclatante illustration de l’art devenu spectacle et de la disneylandisation généralisée du monde. Je songe que les deux peintures étaient à l’origine des commandes pour des réfectoires de monastères. Que les bénédictins vénitiens de San Giorgio Maggiore devaient garder le silence pendant leurs repas et que les Noces de Cana (que l’inquisition obligea à rebaptiser Le repas chez Lévi) est une peinture où l’on voit beaucoup de musiques et de bruits divers.
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Jeudi
Le Haut comité des Célébrations Nationales (si si, ça existe depuis 1998,) propose, comme chaque année, au ministre de la Culture une liste d’anniversaires susceptibles d’être inscrits au nombre des commémorations officielles. Pour 2011 la liste des possibles flonflons mémoriels comprend : les 800 ans du début de la construction de la cathédrale de Reims, les 350 ans d’Antoine Coypel, qui fut Président de l’Académie Royale de Peinture et le peintre des décors de Versailles, enfin les 150 ans de Bourdelle et Maillol mais aussi de Jacques-Emile Blanche et de Georges Méliès.

Vendredi
Le Haut comité machin ci-devant a au moins une vertu : celle de me remettre en mémoire le sourire de l’ange de la cathédrale de Reims. Contemplation délectable. Cette éclatante preuve que le sublime est la façon la plus élégante d’échapper à la douleur  me semble un bon moyen de finir l’année.

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