Des gris-gris, des météores, du prophète et de l’administration de l’Ecole des Beaux Arts
Dimanche, octobre 30th, 2011
6 octobre
Philippe Turc est un artiste singulier. Ses oeuvres ont une sorte d’étrange capacité euphorisante pour moi, peut-être parce que ces volumes sont narquois, j’y décèle à la fois de l’ironie et de la tendresse. Un méli-mélo de mémoires hybridées, de l’espace intergalactique à la panthère rose et de l’art de la marche à pied à Rita Hayworth. Il use souvent de deux pratiques familières du XXème siècle : le collage et le détournement. Détournements de matières et collages de sens. Le casque Allemand est aux couleurs (et aux effets psychoactifs ?) d’Amanita muscaria. Le gazon est une pièce de puzzle et la brioche matinale, dans son nid sur échasses, fait fuir les miasmes de la nuit. L’ exposition Grigri et talisman galerie Jean-François Meyer offre un bon panorama des oeuvres récentes de Philippe Turc. Comme il s’agit de fétiches, d’amulettes, d’objets magiques de protections et de pouvoirs, l’os y est très présent, comme dans le nez du Papou. Parfois aux couleurs des champignons de l’Île mystérieuse, parfois dorés, ou bien aux couleurs des confiseries de l’enfance comme dans cet hommage à Jacques Brel, ce paquet cadeau en érection (ci-dessous) qui s’appelle Je vous ai apporté des bonbons, parce que les fleurs c’est périssable.

Philippe Turc. Je vous ai apporté des bonbons, parce que les fleurs c’est périssable. Techniques mixtes. 2010. Photo J-C.Lett
8 octobre
Ce soir, dans la constellation du Dragon, au nord-ouest, grand spectacle d’étoiles filantes par centaines ! C’est la comète Giacobini-Zinner qui passe près de la terre comme tous les six ans et demi.
15 octobre
A Tunis environ 300 manifestant viennent de tenter de mettre le feu à la chaine de télévision Nessma qui venait de diffuser le film d’animation Persepolis de l’iranienne Marjane Satrapi. Il semble que ce qui a particulièrement choqué soit la représentation figurée de dieu en vieillard à grande barbe blanche (ci-dessous)

Pour moi il s’agit autant d’ignorance que d’intolérance. En effet le chiisme iranien est beaucoup plus tolérant que l’orthodoxie sunnite pour les représentations de la figure. En Iran il est très fréquent de voir des images populaires, affichées dans les rues, figurant Ali, le gendre de Mahomet, et ses fils Hassan et Hussein. La chose n’est pas nouvelle. J’ai vu personnellement au musée National de Damas, des miniatures persannes du XVIII ème avec des représentations du prophète en homme barbu. Depuis la fin des années 1990, on a observé, en Iran, de nombreuses affiches montrant le portrait du prophète Mahomet jeune, en éphèbe coiffé d’un turban. (ci-dessous)

Un couple d’ ethnologues suisses, Pierre Centlivres et Micheline Centlivres-Demont, spécialistes de l’iconographie musulmane, ont démontré dans Etudes photographiques que cette image était issue, en droite ligne, d’une photographie de 1905 de Lehnert et Landrock (ci-dessous) qui est au musée de L’Elysée à Lausanne. Il semble que cette photographie, reproduite sur une carte postale portant la mention Mahomet, ait largement circulé à partir des années 1920.

26 octobre Plein d’informations -et de drôlerie- dans la note d’Yves Michaud de son blog au sujet de la bataille pour la direction de l’école des Beaux Arts de Paris. Michaud sait de quoi il parle : il a dirigé l’école de 1989 à 1997.