La peinture, l’oeil et l’événement
Semaine 24/ juin 2009
Samedi
Depuis de nombreuses années, chaque fois que je vois une exposition de Claude Viallat je retrouve avec un grand plaisir une question impossible : que reste-t-il de la peinture quand elle refuse d’être le support d’une projection, quand elle refuse de dire autre chose qu’elle-même ?
Il reste ce qui saute aux yeux et défie le langage : une peinture capable d’exister hors de toute projection d’analyse positiviste, symbolique ou signifiante. Viallat est le seul peintre qui ne produit pas de signes. Il produit de la peinture pure : des échanges de couleurs et de formes avec la structure du support. La marque de Claude Viallat, son fameux logo infatigablement répété, ne relève ni de la géométrie ni du monde organique, elle est moins un signe -une signature- qu’un prétexte à laisser la peinture jouir de toute sa liberté. Il s’agit d’une contrainte libératoire.
En échange cette peinture peut prendre tous les visages, dans son échange permanent avec son support (bâches, toiles de tentes, parasols, culs de fauteuils, passementeries etc…) elle peut passer du minimalisme au baroque, du plein au vide, de la rupture à la construction. Cette exposition à la médiathèque de Miramas confirme une fois de plus que Viallat offre à la peinture l’infini de ses possibilités et la fertilité de toutes ses forces cachées.

Claude Viallat. Installation médiathèque de Miramas.2009
Dimanche
Le savoir et la connaissance, ces manies si méprisées aujourd’hui, réservent encore de belles surprises. Un antiquaire de Londres, Philip Mould -gloire à lui !- traque depuis plus de 20 ans les oeuvres égarées. Ce spécialiste du portrait anglais du 18ème a repéré, la semaine dernière, lors d’une vente aux enchères une toile, vendue comme un Ruisdeal, qui ressemblait bel et bien à un Gainsborough (« Cornard Wood ») exposé à la National Gallery. Philip Mould s’est empressé d’acheter 1000 livres le Ruisdeal et …bingo il s’avère bel et bien être un Gainsborough et valoir 500 000 livres. Comme la toile avait changé de mains depuis des decennies on imagine les têtes des anciens propriétaires. Sans parler de celles de l’expert et du commissaire-priseur de la maison de vente. Certains ont l’oeil, d’autres non.
Lundi
Devant les chants des grands arbres dans la lumière de Florence-Louise Petetin à la Galerie Porte Avion je reste silencieux. Leur force sans aucune frime porte un cosmos vertical vivant. De la terre au ciel ils m’apparaissent à la fois père et mère. Justes et juste dans l’ambivalence initiale.

Florence-Louise Petetin. Troëne & térébinthe.2009
Mardi
Au jardin il est temps de récolter échalotes et oignons. Quand on les a arraché il est bon de les laisser sêcher deux ou trois jours au soleil.
Mercredi Attrait de cette oeuvre d’une jeune artiste hongroise qui porte un nom de danseuse du Crazy Horse : Mélinda Kiss. Elle fait partie de l’exposition « Beautiful étranger – étrangement autre ! » de la galerie rue Montgrand qui présente les travaux des étudiants étrangers de l’Ecole d’art de Luminy. C’est une projection vidéo de dessins mouvants, à travers des personnages de céramique qui font croire qu’ils forment, tous ensemble, une cathédrale. Astucieux, gracieux et plastiquement inventif.

Mélinda Kiss. Eppur si muove…2009
Jeudi Sous le titre Art Basel enterre les années bing-bling La Tribune de Genève annonce que le grand rendez-vous annuel du marché de l’art, qui s’est ouvert hier, veut en finir avec les spéculateurs et les nouveaux riches. On peut toujours rêver. En attendant, et en toute simplicité, la galerie Bruno Bischofberger de Zurich se contente d’exposer une seule oeuvre : ” Big Retrospective Painting” de Warhol qui a 11 mètres de long et qui est la plus chère de toute la foire : 74 millions de dollars.
Vendredi Il fallait bien que quelqu’un le dise un jour : « Le Guggenheim de Bilbao est plus un événement qu’un musée » c’est Yves Michaud qui vend la mèche dans un entretien au Monde . Ce philosophe est, selon moi, l’un des meilleurs observateurs et analystes du monde de la culture. Il évoque la tendance actuelle à privilégier l’événement comme une conséquence de l’industrialisation du tourisme culturel. Tout à fait dans la suite de l’ hypothèse de son livre « L’art à l’état gazeux ». (Stock, 2003)
__________________________________________________________________ Sauf mention contraire les photos et illustrations sont de l’auteur. Si vous voulez laisser un commentaire, qui est le bienvenu, vous devez cliquer ci-dessous sur comment (qu’il y ait no devant ou bien un chiffre) Oui je sais c’est étrange. Mystère cybernétique. __________________________________________________________________