De l’hallucination au gri-gri dans le pillage de l’ascenseur.

Semaine 26/ juillet 2010

Samedi
Les pouvoirs de l’art sont infinis : jusqu’aux hallucinations sans hallucinogènes. Depuis une trentaine d’années toute une partie de l’art contemporain ne se matérialise plus en objets, mais en dispositifs, en expériences, en environnements. C’est exactement de cela qu’il s’agit avec Infinity Mirror Room Fireflies on the Water, l’installation lumineuse de Yayoi Kusama présentée à la Vieille Charité. Si l’on réussit à négocier avec les autorités pour rester plus de dix minutes, seul, au centre du dispositif, on fait une conséquente économie de peyotl, de datura ou de psilocybe -pour rester dans le bio- et il suffit de sortir pour interrompre le voyage. Commode et gratuit. Evidemment on est nettement plus du côté du train fantôme de la foire du trône que de la cosa mentale des Offices.

yakusama.jpg

Dimanche
Selon une enquête du New York Times  les sites antiques d’Irak sont en train de connaître un pillage sans précédent. Les autorités de protection du patrimoine invoquent l’indifférence du gouvernement irakien. Le budget du Conseil national des antiquités et du patrimoine irakien a été ramené de 16 millions de dollars à 2,5 millions. La nouvelle force de police des antiquités, crée en 2008 devait compter 5000 officiers, elle en dénombre 106, c’est à dire le nombre approximatif pour protéger uniquement leur quartier général à Bagdad. Pendant ce temps des centaines de sites archéologiques renfermant les plus anciens trésors de la civilisation mésopotamienne, sans aucune protection, sont littéralement pillés par les trafiquants.

Lundi
L’Envol, cette sculpture de Wong Kam Laï  installée provisoirement, square Bertie Albrecht à Marseille, par le C.D.M.  est, selon ce que l’artiste m’en a dit elle même, une métaphore de l’humanité en union. Chez elle, à Hong Kong, on dit qu’on est rond quand on communique avec quelqu’un. Ici les oiseaux, venus de partout et tous différents, se regroupent dans une sphère et s’envolent.
wklai.JPG

Mardi
Ce soir lecture de Dominique Cerf  au milieu de son installation Mon petit musée populaire et affectif galerie Mourlot. Elle lit Maintenant tu vas pouvoir dormir, un texte qui est à la fois un monologue dialogué, un catalogue d’exposition, une incursion dans la/e cerf dans tous ses états, un bilan provisoire et un beau petit livre où les poètes ont mis le nez puisqu’il est illustré par Liliane Giraudon  et édité par Frédérique Guétat Liviani  (Editions Fidel Anthelme X)

dcerf-lisant.JPG

Mercredi
Très fréquemment la vidéo est à l’art contemporain ce que la musique d’ascenseur est à Boulez : le lieu de l’ennui. On s’y embête, on s’y emmouscaille, on se fait tartir. C’est tout le contraire en voyant  les trois volet de Cité Radieuse de Catalina Niculescu  (Galerie Arnaud Deschin)  Il s’agit d’une série de visites, au printemps en automne et en hiver, de l’immeuble emblématique construit par Le Corbusier à Marseille. Posé ainsi on craint le pire, façon illustration didactique et modernité triomphante. Ce n’est pas du tout le cas. Catalina Niculescu développe la relation corps-architecture en plaçant, un peu partout, une forme blanche pliable en quatre,  sorte de mesure symbole du corps humain. Parfois l’artiste entre dans le champ, place la forme blanche et sort du champ, parfois non. Il y a le vent, le soleil, la nuit, la lune, les saisons et la pluie. Il y a l’architecture, glorieuse et modeste, abstraite et pratique, brutale et douce, qui apparaît dans sa multiplicité comme en jouant de l’oeil, en fouillant l’image. Il y a de l’humour tout le long. Parfois sur le modèle de où est Charlie ? on joue à où est la forme ? Mais le plus souvent c’est un humour très mystérieux, que l’on ne peut classifier nulle part, d’où sa qualité. L’absence de toute afféterie ? Une certaine légèreté dans le montage, un air de ne pas y toucher ? En tout cas une vraie façon de voir.
catalina-n.JPG

Jeudi
Etranges résultats à la vente Vollard chez Sotheby’s : le Repas frugal, une gravure (1904)  de Picasso s’est vendue 720 000 euros, soit plus de deux fois son estimation la plus haute. En revanche Le Portrait de Zola (vers 1862-1864), une huile sur toile de Cézanne, très rare oeuvre de jeunesse, n’a pas trouvé preneur.

Vendredi
Dans l’atelier de Philippe Turc. Mon ami Emmanuel Lemieux  (à droite) venu l’interviewer pour un livre sur leur génération (les 45-52 ans) se fait raconter Gri-gri Dimanche matin, une des dernières pièces de l’artiste. De la tempéra pour sortir de la nuit, en bas, jusqu’aux brioches croissants et pain au chocolat, bardés d’os dorés propitiatoires et lovés dans leur lit de plumes, en haut.
turc-et-lemieux.jpg

__________________________________________________________________

Leave a Reply