Archive for février, 2009

La douceur, le désir et les pillards.

Samedi, février 28th, 2009

Semaine 9/

Samedi
C’est une exposition calme, douce et sérieuse que celle de Gerhard Doehler et Moon Pil Shim à la Galerie Athanor. Une exposition du silence et de la géométrie, opportunes bienfaisances par ces temps d’agitation. La géométrie est la science des figures de l’espace. Elle répond absolument au mot d’André Gide : « L’art ne commence qu’en s’affranchissant de la nature »
Le sous-titre de Gerard Doehler est méta-matériau et ses recherches sur le cercle, symbole fondamental de toutes les cultures humaines, conduisent la perception du regardeur dans une sorte de métaphysique de l’instant. Sans début et sans fin le cercle est le temps et le ciel, à la fois protecteur et limite infranchissable, il est le cycle des saisons et ce n’est pas pour rien qu’anneau et année ont la même étymologie. A ce symbole de perfection se joint ici l’impeccable technique de la réalisation. Alors cet art est porteur d’un calme de l’esprit et du coeur qui est un vrai cadeau de limpidité.

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Gerhard Doehler. Diamètre 180, diamètre 180, diamètre 140 et diamètre 72. Technique acrylique, laque et vernis sur profilé alu. Galerie Athanor

De son côté Moon Pil Shim offre à voir une pratique de la surface, de la ligne et du pigment qui donne des noirs somptueux de profondeur –et impossibles à photographier- avec la même perfection technique que Doehler, mais d’autres interactions avec le public à travers de subtils jeux de reflets et de pigments qui se déplacent avec le regardeur jusqu’à l’inclure en délicatesse vers d’abyssales douceurs noires. Ici en miroir pris de biais apparait un dialogue avec les autres oeuvres.

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Moon Pil Shim. Sans titre. 52 x 75 x 5.

Dimanche
Agitation dans les milieux culturels espagnols : une pétition qui s’appelle « Gaudi en alerte rouge » dénonce les atteintes et les blessures portées, à Barcelone,  aux oeuvres du grand architecte catalan mort en  1926. Concernant le Palais Güell, la Casa Batllo et surtout la Sagrada Familia, cette pétition, signée par plusieurs centaines de personnalités célèbres du monde culturel espagnol, affirme que « même si beaucoup de temps a passé depuis que le franquisme a mis en marche cette machine perverse » les dégats portés à l’oeuvre de Gaudi,, s’aggravent au point qu’à la Sagrada Familia on ne distingue plus « où commence ni où finit l’oeuvre de l’auteur ». Je me souviens de Salvador Dali, qui aimait beaucoup cet édifice, disant que la Sagrada Familia était « La giiiigantesssque dent carrrriéééée de l’art occiiiiidental  » C’est l’éternel problème des cathédrales que l’on met plus d’un siècle à construire ( la Sagrada Familia a été commencée en 1883 ) les maîtres d’oeuvre du début ne sont jamais ceux de la fin.

Lundi
Une mode étrange sévit outre-atlantique : les parturientes transforment le placenta de leur bébé en impression. Sorte d’oeuvre souvenir de naissance. Des sites expliquent comment imprimer son placenta et pour 18,99 dollars on vous vend même des kits d’impression.
A quoi ressemble le résultat ? A ceci :

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Mardi
Je me doutais que c’était très cher mais je suis content de connaître enfin le vrai prix du désir : 21,9 millions d’euros.
C’est le résultat de la transaction, aujourd’hui, d’un « Fauteuil au dragon » d’Eileen Gray à la vente Bergé-Saint Laurent.  C’est le deuxième prix le plus haut jamais atteint pour un meuble et c’est la galeriste parisienne Cheska Vallois ( acheteuse pour un collectionneur privé anonyme ) qui a déclaré  : « C’est le prix du désir»
En parlant de crise ce fauteuil était estimé entre 2 et 3 millions d’euros avant la vente.

Mercredi
C’est le moment d’écouter Blues for Alice où le saxo alto de Charlie Parker dialogue avec la trompette de Red Rodney (Verve 527 452-2) tout en rempotant l’anthurium où de nouvelles feuilles apparaissent au milieu de la souche. Cette impudique plante, qui affiche avec allégresse ses organes reproducteurs est une des meilleurs dépolluantes des espèces d’intérieur.

Jeudi                                                                                                                                                                                                                                                                                                             Six ans après les pillages qui avaient suivi l’invasion américaine en 2003, le musée national d’Irak vient de rouvrir ses portes à Bagdad. L’établissement, rénové, a récupéré 6000 des 15000 pièces qui lui avaient été volées. Entièrement rénové avec l’aide notamment de l’Italie, ce musée qui avait été construit en 1926, renferme des oeuvres uniques et les plus importantes collections d’antiquités sur l’histoire de l’ancienne Mésopotamie, berceau des civilisations de Sumer, de Babylone et d’Assyrie, auxquelles l’humanité doit quelques détails : l’écriture, la loi écrite et les premières villes. Les Etats-Unis avaient été très critiqués parce que les soldats américains avaient observé sans broncher les pillards emporter les oeuvres. L’ancien directeur du musée, Donny George, avait accusé les Américains d’avoir commis “le crime du siècle” en ne protégeant pas les musées irakiens et les sites archéologiques.  Selon le site chinois Xinhuanet, citant des officiels irakiens, des objets importants ont été épargnés des pillages car ils avaient été cachés sur des sites secrets plusieurs semaines avant l’invasion américaine

Vendredi                                                                                                                                                                                                                                                                                            Comment faire une exposition avec une expérience ratée ? La réponse est en image ci-dessous. Société Réaliste, qui expose à la galerie Buy-Sellf Art Club, et se présente elle même comme : une coopérative de design politique, d’économie expérimentale, d’ergonomie territoriale et de conseil en ingénierie sociale, a ouvert un compte bancaire et lancé un appel sur internet en indiquant que chacun pouvait y déposer ou bien y retirer de l’argent librement. Un compte en ligne ouvert à tous. Très rapidement des centaines de connexions ont assiégé le site, en particulier pour changer le mot de passe et tenter ainsi de rendre  le compte privé, et le serveur a bloqué le compte. Il en reste à voir, avec une esthétique assez Budapest 1953, cette sorte de papier peint mural, en partie lacéré par les visiteurs - c’est le jeu, les auteurs disent qu’il s’agit d’un “papier-peint-interactif-low-tech”  et le site de Société Réaliste, parfait exemple, pour moi, de puritanisme visuel et de verbiage creux.

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